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Accident de vidange au Rioumajou : La SuiteAccident de vidange au Rioumajou : La Suite

Les 21 et 22 juin 2016, un accident causé par des embâcles pendant la vidange du barrage du Rioumajou avait entrainé des départs massifs de sédiments fins et des taux de matières en suspension importants dans le Rioumajou et la Neste d’Aure, dépassant significativement les valeurs autorisées pour ce genre d’opération. Ces deux rivières, tout comme la Garonne plus en aval avait coulé des eaux très chargées du fait des grandes quantités de sédiments schisteux évacuées du barrage.

Quelques jours plus tard, lors d’une réunion du Comité Local d’Information du syndicat du Pays des Nestes en présence du sous-préfet et des représentants d’EDF notamment, la Fédération pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique des Hautes-Pyrénées faisait part de sa consternation mais annonçait sa volonté de ne pas réagir à chaud et d’attendre les résultats des études menées par son service technique pour prendre position. Selon les résultats de ces études, les AAPPMA de la vallée d’Aure se réservaient le droit de porter plainte et la Fédération de se porter partie civile.

QUELQUES RESULTATS DE L’ETUDE REALISEE PAR LA FEDERATION DEPARTEMENTALE DE PECHE

Le service technique de la FDP65 a travaillé selon 2 axes pour évaluer l’impact de cette vidange. Le premier a consisté en une analyse des invertébrés aquatiques, qui constituent des bio-indicateurs de l’état écologique d’un cours d’eau. Plusieurs points d’analyse ont été réalisés dans le Rioumajou et la Neste d’Aure. Les résultats ne montrent pas de dégradation qualitative du peuplement (les espèces les plus sensibles sont toujours présentes, ce qui traduit l’absence de perturbation d’ordre chimique). On observe en revanche une forte réduction quantitative dans le Rioumajou en aval du barrage, vraisemblablement due à l’effet mécanique des sédiments qui ont agi comme un abrasif sur ces organismes aquatiques souvent fragiles. L’impact sur les invertébrés est en revanche très faible dans la Neste en amont de Saint-Lary, puis nul en aval.

Indice Biologique Normalisé (IBGN) :

Note de l’Indice Biologique Normalisé dans les 5 stations analysées.

Note de l’Indice Biologique Normalisé dans les 5 stations analysées.

L’IBGN donne une note variant de 0 à 20 selon la qualité du peuplement d’invertébrés aquatiques observé. On peut observer des notes moyennes dans le Rioumajou et moyennes à fortes dans la Neste d’Aure ; mais aussi une diminution dans le Rioumajou entre l’amont et l’aval du barrage, ainsi qu’une légère baisse dans la Neste d’Aure, où la situation s’améliore cependant rapidement.

 

Densité d’invertébrés aquatiques : la densité d’invertébrés aquatiques diminue nettement en aval du barrage du Rioumajou, démontrant un impact de la vidange. On observe également une baisse, plus modérée cependant, dans la neste d’Aure en aval de la confluence du Rioumajou, mais l’impact reste limité à un secteur réduit puisque le peuplement se reconstitue rapidement en allant vers l’aval.

Densité d’invertébrés aquatiques dans les 5 stations analysées.

Densité d’invertébrés aquatiques dans les 5 stations analysées.

Population de truites :

Le second axe d’analyse est celui du peuplement piscicole et plus particulièrement de la population de truites, principale espèce dans ce secteur. Contrairement aux craintes, l’inventaire piscicole réalisé dans le Rioumajou a permis de capturer des truites en aval du barrage et plusieurs générations étaient présentes, jusqu’aux alevins nés en 2016 et mesurant entre 3 et 5 cm. La densité globale n’était pas forte, mais était plus la résultante des fortes crues de 2013 et 2015 que de la vidange elle-même. En revanche, la faiblesse de l’abondance d’alevins dans le Rioumajou aval dans un contexte général de fortes abondances d’alevins révélées par les nombreux inventaires piscicoles réalisés dans différentes rivières du département (et notamment dans le bassin de la Neste d’Aure) signe bien un impact de la vidange sur cette composante de la population. Dans la Neste d’Aure en revanche, les abondances d’alevins observées sont fortes à très fortes et montrent que la vidange n’y a pas eu d’impact direct.

Pêche électrique d'inventaire du 4 aout 2016 en présence des AAPPMA concernéesPêche électrique d'inventaire du 4 aout 2016 en présence des AAPPMA concernéesPêche électrique d'inventaire du 4 aout 2016 en présence des AAPPMA concernées
Pêche électrique d'inventaire du 4 aout 2016 en présence des AAPPMA concernéesPêche électrique d'inventaire du 4 aout 2016 en présence des AAPPMA concernées
Pêche électrique d'inventaire du 4 aout 2016 en présence des AAPPMA concernéesPêche électrique d'inventaire du 4 aout 2016 en présence des AAPPMA concernéesPêche électrique d'inventaire du 4 aout 2016 en présence des AAPPMA concernées

Pêche électrique d'inventaire du 4 aout 2016 en présence des AAPPMA concernées

La station inventoriée dans le Rioumajou en aval du barrage l’avait déjà été en 2013 et 2014, ce qui permettait de bénéficier de références. L’inventaire réalisé en 2016 après la vidange du barrage montre que la densité y est inférieure à celle de 2014 mais que toutes les générations sont bien présentes. Il est difficile d’imputer la diminution observée sur les juvéniles et les adultes à la seule vidange du Rioumajou car une crue violente (170 m3/s) est survenue en 2015 et une autre en 2013. La bonne surprise fût de capturer des alevins issus de la reproduction 2015/2016. Mais ces derniers présentent une densité faible, alors que toutes les autres stations inventoriées dans le bassin de la Neste présentaient une densité d’alevins forte à très forte. Cette singularité du Rioumajou démontre un impact direct de la vidange à ce niveau.

Comparaison des densités de truites observées dans le Rioumajou en aval du barrage en 2013, 2014 et 2016.

Comparaison des densités de truites observées dans le Rioumajou en aval du barrage en 2013, 2014 et 2016.

Dans la Neste en revanche, la densité d’alevins est très forte en amont de Saint-Lary et forte à très forte en aval, démontrant que l’impact direct est resté limité au Rioumajou.

 

 

L’impact direct de la vidange se résume donc à une moindre densité d’alevins dans le Rioumajou. Ce qui est loin des craintes les plus pessimistes et c’est une excellente nouvelle. En revanche, il est encore difficile de se prononcer sur l’effet à moyen terme des sédiments fins issus de la vidange et présents aussi bien dans le Rioumajou que dans la Neste d’Aure. Le suivi sera donc prolongé sur plusieurs années.

Au vu des impacts résiduels de cette vidange, la Fédération de Pêche et EDF ont convenu d’un suivi partenarial de l’état écologique et piscicole du Rioumajou et de la Neste d’Aure. Egalement, de nouvelles modalités de gestion des sédiments du barrage du Rioumajou pendant les crues ont été soumise à approbation de l’Etat afin d’éviter les trop fortes accumulations. Enfin, des études vont être également menées de manière collégiale par les collectivités, EDF et l’ONF pour modifier la gestion du bassin versant amont et traiter préventivement les embâcles et la tenue des berges durant les forts épisodes hydrologiques.

Au vu des résultats de l’étude et de l’engagement d’EDF dans une démarche d’amélioration des connaissances du milieu aquatique et de modification de gestion de ses ouvrages par rapport au transit sédimentaire, la Fédération départementale n’entamera pas de poursuite judiciaire mais restera particulièrement vigilante sur la tenue de ces engagements et sur l’état des milieux aquatiques.

 

Elle rappelle en outre qu’elle poursuivra les responsables de toute action portant atteinte à ces milieux dès lors qu’un impact significatif sera mis en évidence.

 

 

Tag(s) : #Gestion

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